Achetez le livre, Jean-Marie, Marine et les juifs!

Dans cet essai, Luk Vervaet, qui suit les procès antiterroristes en Belgique depuis une décennie, témoigne de la guantanamisation en cours de notre société aussi bien au niveau politique et carcéral qu'au niveau de l'opinion publique.

1969353_853911834633381_1908342426289182511_n

 

"À Sam, une camarade sur le long chemin vers un monde plus juste.
Amitiés.
Luk"

Le fruit de dix années de thérapie de choc contre le « terrorisme islamiste » 

Le spectacle permanent de la violence.

Le monde qu’on lègue à nos enfants a pris les formes d’un spectacle permanent de violence.

Le « problème » qu’on a voulu combattre est devenu un problème mondial autant que local. La guerre s’est d’abord dirigée vers l’Afghanistan. Aujourd’hui, des troupes américaines et occidentales, des drones sans pilotes et des services de sécurité sont présents sur au moins cinq fronts, la Palestine et la Lybie non comprise : l’Afghanistan, l’Irak, le Yémen, le Pakistan et la Somalie. Dix années de thérapie de choc ont amené plus d’adeptes à Oussama Ben Laden et au mouvement d’Al-Qaida que ceux-ci n’avaient jamais pu espérer. Cela vaut également pour les recrues de Bush, de Blair et autres criminels de guerre occidentaux. En Occident, des dizaines de milliers de volontaires se sont présentés pour s’embaucher comme « private contractor » dans des milices privées – telles que Blackwater – appelées à assurer la sécurité dans les pays attaqués.

Une culture d’agression, de violence, de racisme et d’islamophobie

Un système d’alerte terroriste a été introduit, évaluant la menace (islamiste) comme sur une échelle de Richter. Les lois antiterroristes ont créé une sorte d’état d’alerte permanent. Presque toutes les organisations de résistance dans les pays du sud, y compris leurs branches politiques et humanitaires, ont été placées sur des listes antiterroristes. Elles sont exclues de la communauté internationale. Toute aide, même pour un orphelinat, toute intention de soutenir financièrement ou politiquement des organisations de résistance, à partir de l’Occident, constituent désormais un acte criminel. La guerre a désarticulé presque toutes les conventions (la convention de Genève, la convention sur les réfugiés, sur la torture…) et tous les accords conclus après la seconde guerre mondiale en vue de la protection des Droits de l’homme (et plus particulièrement ceux des détenus).

Le silence après Oslo

On peut s’imaginer ce qui serait arrivé si l’auteur de l’attentat, un fasciste blanc, n’avait pas été appréhendé le jour même. L’enfer se serait déchaîné, non seulement pour les 100.000 musulmans de Norvège, mais aussi partout en Europe. Combien de temps aurait-il fallu avant que les Wilders, Dewinter, Le Pen, ainsi que l’English Defence League et autres « partis de la Liberté et du Progrès » n’appellent, directement ou indirectement, à brûler publiquement le Coran ? Combien de mosquées auraient été incendiées en Europe ? Combien de temps avant que des femmes musulmanes ne se fassent arracher leur foulard dans la rue ?

La capitulation de la gauche face à l’islamophobie

Après l’attentat, un porte parole de l’opposition radicale de gauche en Flandre, Eric De Bruyn, a fort bien résumé la politique de la gauche. Il nous a d’abord rassurés en déclarant qu’ « il avait autant d’affinité avec l’islam qu’avec les nénettes bourgeoises se promenant sur des talons aiguilles et se déplaçant en 4x4 ». C’est évidemment son droit le plus strict. Mais après un attentat qui avait laissé l’islam pour cible, de tels propos sont graves, outre qu’on ne voit pas bien le sens de sa comparaison. Ensuite, il déclare que la gauche ferait une erreur en se lançant dans un combat pour « le plein épanouissement religieux et culturel » des immigrés. Enfin, il dénonce le fait que le néo-libéralisme utilise l’immigration comme prétexte pour imposer une dérégulation à outrance. Les travailleurs associent donc de plus en plus l’immigration à la régression sociale. La solution pour la gauche consiste, aux yeux d’Eric De Bruyn, à s’appuyer à nouveau sur ce qui nous unit et à défendre les droits sociaux de tous les travailleurs.

Cette déclaration résume en un mot la capitulation de la gauche dans l’une des régions les plus riches au monde, face à la guerre, au racisme et à l’islamophobie. Elle met en évidence le complexe de supériorité des travailleurs belges/flamands à l’égard de la sous-classe des immigrés. Tout le monde se rend compte que, dans le climat raciste actuel, certainement en Flandre, un plaidoyer pour l’unité ne suffit plus du tout.

Réflexions sur la folie (de Breivik et d’autres)

Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, plaider la « responsabilité atténuée » d’une personne ne signifie pas atténuer la gravité de ses actes. Cela ne nous permet pas non plus de fuir notre responsabilité et de nous laver les mains en toute innocence. Au contraire, cela augmente notre responsabilité sociale. Si nous voulons éviter à l’avenir, autant que faire se peut, des drames comme celui d’Oslo, la question de notre propre santé sociale et de l’influence exercée par l’environnement social sur un individu est plus importante que celle concernant la santé mentale de l’individu criminel lui-même. C’est en effet dans un contexte donné que la situation des personnes perturbées peut s’améliorer ou se détériorer, dans la mesure où le contexte dans lequel ils vivent s’améliore ou se détériore.

Durant mon travail d’enseignant en prison, j’ai rencontré bien des gens qui n’étaient pas perturbés au même point que Breivik, mais qui avaient plus besoin d’aide psychologique que de prison. Seulement, ils ne recevaient pas cette aide, ou trop peu.

Le Making Of d’Anders B. Breivik, extraits, Luk Vervaet.
Résumé : Sam Corten.

Accompagnement psychologique et psychiatrique

Une équipe de psychologues et d'assistants sociaux se tient prête pour encadrer les détenus sur le plan psychosocial. Cette équipe prépare le détenu à sa réinsertion psychosociale et évalue ses propositions de reclassement. Elle assure l'accueil psychosocial de chaque détenu qui entre en prison.

Les internés, détenus qui présentent des problèmes psychiques, bénéficient dans la prison d'un encadrement adapté. Une équipe de soins se charge de leur prise en charge thérapeutique et de leur suivi. L'équipe est composée d'un psychiatre, d'un psychologue, d'un assistant social, d'un ergothérapeute, d'un infirmier psychiatrique, d'un kinésithérapeute et d'un éducateur. Sur la base d'un plan de traitement individuel, ils ont pour objectif d'améliorer les aptitudes psychiques, sociales et physiques des internés en organisant des entretiens et des activités avec eux et ainsi faciliter leur placement dans une institution psychiatrique ou leur réinsertion sociale.  Dans certaines prisons, les internés séjournent dans une section séparée et vivent donc à part des autres détenus. À Paifve, il existe un établissement de défense sociale qui abrite uniquement des internés.

Source :http://justice.belgium.be/fr/themes_et_dossiers/prisons/vivre_en_prison/soins_de_sante/accompagnement_psychologique_et_psychiatrique/

MANU LAMBERT, JURISTE À LA LIGUE DES DROITS DE L’HOMME : “COMMENTAIRES AUTOUR DE L’OUVRAGE DE LUK VERVAET “GUANTANAMO EN BELGIQUE ?”

100_2985